Il est des intellectuels de cette génération
Qui de l'expression de leurs exploits
Bien loin de se douter qu'elle reflète leur
Desarroi
Ne cherchent dans leur narration qu'une pluie d'ovations,
Dont ils essayent de tarir la paupérité de leurs dissensions

Cette tendance farouche ne saurait que trahir le désert prégnant de leurs émotions
Quitte à se plonger encore plus profond dans le bitume pusillanime de leurs assertions;
Et faisant au mieux pour s'imprégner de la prodigalité de leurs fabulations,
Ils en façonnent les plus spongieuses plumes de l'ostentation.
Bien loin d'eux l'imagination que cette hérésie
Ne reflète que d'autant plus qu'ils en prennent l'habit,
Ce qu'ils tiennent sous couvert de toute avanie!

Car la parole, qui ne peut exprimer ce qui est ineffable,
Laisse transparaître en creux, ce qui, honteux,
Tente d'avilir l'âme,
Qui ne cherche qu' à expier ce qu'on pourrait lui instiller de blâmable.

Au contraire, la souffrance et l'inquiétude de l'âme expiées sur l'autel de la délivrance
Procèdent à l'ablution de ses errances.

Les échecs ne sauraient ainsi qu' être le plus beau des récits
Car en eux ne s'exprime que ce que l'on tient pour inaccompli,
Et telle l'eau qui chute d'un terrain tortueux,
Poussée par la pesanteur des tares qu'elle meut
Leur conte assainit l'âme dans ce qu'elle a de plus dédaigneux,
Préservant ainsi de tout assaut ce qu'elle détient de plus vertueux.
À l'inverse, celui qui hisse au rang de ses litanies
Ce qu'il tient en fait le plus accompli,
Ne possède en lui qu'un fruit trop alourdi
Que la parole ne daigne pas même à en évacuer ce qu'il contient de pourri.
Et c'est ainsi que la puanteur brûle un cœur dont seule l'émanations des voluptés qui la fuient
En font voir ce à quoi il ne se doute d'être en réalité asservi.